une magnifique journée d'été

Magnifique journée d'été

Nous sommes dans les Pyrénées Atlantique, L'Unité Elémentaire Spécialisé de Lacq-Artix vie au rythme de la région, c'est à dire pas trop vite. Je suis comme d'habitude infirmier de garde ce jour là, comme d'habitude, au VSAB. Après ma vérif. et le café du matin, nous avons fait notre petit foot, et plein de sueur et d'herbe fraichement tondue, nous avons pris une bonne douche. Aujourd'hui, Nico, jeune appelé de Nouvelle Calédonie est de garde dans mon engin, et Steph est Chef d'agrès.

Le café de dix heures, réchauffé par quelques blagues salaces, et par les odeurs de boustifailles mijotées par Marcel dans sa cuisine, reste le moment convivial, attendu par tous. Tellement incontournable que même les copains de repos viennent le déguster avec ceux de garde.
Rien ne peut perturber ce moment, même pas le fait qu'il faille manœuvrer ensuite, même pas le vieux Major qui ronchonne de nous avoir encore autour de la cafetière au lieu de mettre la tenue de feu.
Oui décidément, l'ambiance n'a rien de comparable avec les CS parisien, pourtant c'est bien la tenue du pompier de Paris que nous arborons.
La manœuvre débute, moi je reste dans le réfectoire avec Nico, je prépare mon cours de secourisme avec Renald, instructeur. Aujourd'hui nous ferons un petit cas concret sur la douleur thoracique, et je ferais un petit topo d'anat.-physio, les gars en raffolent, ils en redemandent au point de dépasser un peu sur le temps imparti à la pause déjeuner, à la grande joie du capitaine d'ailleurs.
Tous se passe comme d'hab.: BIEN..........

La quiétude de cette mâtinée va brusquement basculer, Fred le stationnaire reçoit un ordre du départ du CTA, la bécane crépite, Accident grave de la circulation: VL contre PL, nationale 117 avant la Commune de Denguin.
Je cours au standard, ou le SAMU m'indique un incarcéré, je dois donc préparer une voie pendant le trajet.
Il est long ce trajet, Nico reste avec moi derrière, il est très impliqué. Je l'adore cet appelé, mais comment fait-il si loin de son île, dans ce Béarn, pour garder le moral. A paris, il pourrait sortir un peu, les autochtones sont trés accueillantes, et peu farouches, surtout avec sa peau mulâtre et sa carrure d'homme des bois. Son visage taillé au coupe-coupe montre un gamin déterminé, mais le regard ne trompe pas, et là, il n'est pas serein mon Nico, je le connais le lapin, ce regard cache un truc.....

-"ça va Nico, tu vois, je prépare un salé, et des macros molécules, on sait jamais, souvent faut les remplir, surtout qu'on sait jamais vraiment ou ça saigne.
-bin tu sais, j'ai jamais fait de carton, et j'ai jamais vu de mort, alors j'ai un peu peur.....
-bon écoute, de toute façon, je suis là, Steph est là, on est tous là, si ça va pas tu le dit.
-Ok"


Mes bidons prêts, je m'octroie le loisir de passer ma tête par la lucarne, et de chambrer un peu Steph.....ça fait toujours plaisir de voir un S/off bosser un peu, je lui demande de pas trop nous secouer, ce n’est pas jour de courses aujourd'hui, il ne va pas à Carrefour, il nous amène sur inter quand même.....
J'aperçois au loin le cul d'un poid lourd, posé sur un taillis bordant la nationale, il y a du monde d'arrêté, on nous fait signe, un peu comme si on risquait de passer sans stopper. On double le carton, pour s’arrêter après, je regarde et me fait une idée de la situation:

Une voiture de couleur rouge est sous la cabine du poid-lourd, jusqu'à la moitié des vitres arrières, l'avant est entièrement sous le par-choc du 38 tonne. Je regarde la marque de la carcasse: Volvo 440.....
Je regarde Nico:

-"Ecoute fils, tu reste là, tu gardes le sac, je fais un tour avec Steph, et je viens te chercher"
-"ok tof, ça à l'air d'avoir tapé......"
-"bin justement, tu restes là!!!"


Je m'approche de l'amas de ferraille, un pompier de l'usine toute proche, SPV dans le CS voisin m'accoste:

-"le type, il a les dents sèches là, il n'a même pas freiné, en fait il a accéléré et visé le camion, j'ai tout vu j'était derrière, regarde, il n'y a rien à faire"

Effectivement, entre deux morceaux de métal, j'aperçois la tête du malheureux, ou du moins ce qu'il en reste, un trou béant sur le front laisse couler un filet de sang épais, son vissage et pâle, les yeux ouvert, un léger sourire au coin des lèvres. Je glisse une main gantée de latex, je cherche un pouls en sachant d'avance le résultat de ma requête, la pulpe de mes phalangettes ne percevra aucune onde cardiaque. Je regarde le sol, il glisse, mais ce n'est pas de l'huile, c'est bien du sang, il coule d'entre ce qui reste de plancher à la Volvo......Je retourne vers l'ambulance, Nico m'attend.....

-"Ecoute, la victime est morte, si tu veux tu restes là, sinon tu me suis, on va voir tous les deux, et si jamais ça va pas, tu me le dis, et tu reste là."
-"de toute façon, faut que j'assume un jour ou l'autre hein....alors je te suis....."
- allez poulet...."


Je consacre les quelques mètres qui nous séparent du drame pour expliquer à Nico, la position du malheureux, et de lui décrire la situation, histoire de le préparer à l'invoyable. Il aborde tranquillement le carnage, prend le temps de regarder, je lui demande s'il veut prend un pouls, pour voir. Il s'exécute sans broncher, et me signal que ça fait drôle quand même....
Pendant ce temps, le fourgon et le VSR on largement eu le temps de nous protéger et de préparer les ouvres boites, le Samu à pris en charge le conducteur du PL, que Steph tente de calmer depuis le début....ya mieux comme début de journée que de voir un type se jeter sous sa cabine....
La désincar commence, le cordage de manutention au cul du fourgon permet de sortir l'avant de la caisse de dessous le poid lourd....tant mieux, parce que la grue pour un cadavre, ça fait un peu suer.
Un dépavillonnage s'impose, ainsi qu'une colonne. J'avais jamais vu ça, les longerons du châssis de la Volvo dépassaient de 50cm, la colonne était littéralement tordue sur le corps du malheureux, son abdomen a même éclaté pendant le choc, mélangeant les viscères aux pédales du véhicule. Et mon Nico reste imperturbable, participant même à tirer sur les membres disloqués avec moi pour sortir cette cheville de derrière le tableau de bord. Après deux heures d'effort, toutes les pièces du puzzle sont dans la bâche à cadavre, on peut rentrer à la maison. Marcel doit pester, il déteste laisser la bouffe trop longtemps au four, c'est meilleur pour la garde.
Nico m'aide à réarmer le camion, et à passer la lingette, histoire de zigouiller les germes que les pompiers laissent traîner......je l'invite à me suivre, la petite sauce de Marcel à vraiment l'air de déchirer!!!
Bof, il n'a plus trop le moral mon Nico.....

"-oui, je sais, il a une famille, des enfants peut-être, et à l'heure qu'il est, un gendarme appelle chez lui. Oui je sais, c'est peut-être sa femme qui faisait sonner son portable tout à l'heure. Je sais tout ça Nico, mais si tu ne parles pas, si tu ne rigoles pas avec nous sur l'odeur de ses orteilles, ou sur la couleur à chier de sa chemise hawaïenne, tu vas garder cette merde jusqu'a ton retour sur ton cailloux.
il me sourit
-Non, c'est pas ça, j'ai peur de pas avoir été bien, j'avais du mal à savoir ou me placer, si je faisais bien, si je gênais pas un tel, ou un tel, en fait j'étais pas au top quoi
-ta raison, Nico, ta place et ton devoir, c'est de payer un coup pour ton premier macchabé, et là tu ferais bien de te speeder si tu veux pas morfler ce soir, et d'avoir la garde sur le dos......!!!!!

J'avais l'air con en fait, un sacré gaillard ce bonhomme, tellement motivé qu'il nous a planté 5 buts le soir même, achevant, sans nul doute, une magnifique journée d'été.......
 

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