Premier feu à la BSPP

Voyons ce qu'a donné le premier départ comme pompier de Paris.
En 1992, après deux mois à Villeneuve Saint Georges, la section était divisée en trois. Ventilé dans le troisième groupement d'incendie, au Centre de Perfectionnement des Recrues, à Gennevilliers-Port. C'est le CCH Baraban qui vient nous chercher. Ancien instructeur incendie pour les légionnaires à Mururoa, une légende, des centaines de gars du 3°groupement sont passés entre ses paluches; Bruno, un cœur énorme sous une carapace de brute épaisse.
Un week-end sur deux nous étions immergés en Compagnie, mon premier week-end: Grenelle, 6°Cie, dans le XV arrondissement.
Tout penaud, la tenue F1 rutilante, les bottes brillantes, le casque briqué, les cheveux fraichement coupés. Il fallait faire son effet, sauf que le neuf démontre une inexpérience certaine. Un CCH nous montre la chambre instruction, et la fameuse perche de feu de trois étages parisien, Space Moutain, à côté c'est oui-oui à la plage!!!!
Et puis notre piquet.....je serais au FA (Fourgon d’Appuis) demain, ce vendredi, je reste à disposition du stationnaire pour la soirée.
La nuit est calme, rythmée par les ronfleurs du PSR (Premiers Secours Relevage) et du PS (Premier Secours), l'aube arrive, mon piquet au fourgon aussi.
Il est beau ce FA1, magnifique même. Mettre sa tenue de feu pour la première fois dans un camion rouge de la Brigade, après deux mois à Villeneuve, c'était magique. Le 1er chef me montre l’endroit où me mettre en cas de départ, en fait, je suis en plus, pour observer.
La journée se passe bien, mon collègue a déjà fait quelques inters avec le PSR, il a même massé (Faire un massage Cardiaque)  une vieille, alors forcement je me fais un peu chambrer, il fait le sarce (l’ancien).
Le soir je décide de me coucher tard, le fourgon, ne veut donc pas sortir de la remise, pourtant on l'a astiquer cet aprem.......je m'endors en rêvant de flammes dansantes et de jeunes femmes à sortir des brasiers parisiens Wink
Dans la nuit le ronfleur s'associe au néons pour me sortir de mes rêves, j'enfile mes bottes, le pantalon monte à la taille que je suis déjà devant la fameuse perche, ça pousse derrière, pas le temps de réfléchir, je saute, et hop, je suis déjà dans la remise. Le moteur tourne déjà....les cris des types expliquent l'inter....

-"feu de parking les gars, complément d'anticipation pour nombreux appels, ça rif p'tain, ça rif......"

J'enfile mon cuir religieusement, le FA rugit hors de la remise, je sers mon ceinturon, ajuste mes gants, vise mon F1 sur le crâne....

-"le bleu, ton col de feu, t'a oublié ton col de feu, réveilles toi....."

je m'exécute, le FA se présente déjà à la bouche, l'interphone hurle le commandement:
-"en reconnaissances!!"

Je suis le Lieutenant, et là au coin de la rue, l'apocalypse, de la fumée partout, et une odeur âcre

-"première équipe, une division alimentée devant l'entrée du parking, à coté de celle du PS. Deuxième équipe, reconnaissances dans l'immeuble, l'instruc avec eux"
-"à vos ordres mon lieutenant"

Je grimpe avec l'équipe, jusqu'au 6° étage, j'ai pas d'ARI (Appareil Respiratoire Isolant), je bouffe de la fumée, je me protège avec le mouchoir obligatoire dans la tenue de feu. Portes après portes, on ouvre les apparts, on signe à la craie notre passage. Le lieutenant nous demande de remonter ouvrir un exutoire, on exécute.
L’équipe redescend, la première équipe est en bas, ils font l'extinction avec le GREP (Groupe de Recherche et d’Exploration Profonde), le lieutenant me choppe.

-"ça va petit"
-"oui mon lieutenant"
-"si tu te sens tu choppe un ARI à la CRAC (Camionnette de Reserve d’Air Comprimé ), et tu descends avec l'équipe de soutient pour finir l'extinction"
-"oui mon lieutenant" (tu veux mon neveu, j'attendais que ça, l'ARI sur inter)

l'attrape le sésame, je chausse l'engin, et je trépigne devant l'entrée du parking en faisant les vérifs. avec le chef d'équipe. Aye on y va. La chaleur monte, je me sens bien, je suis dans mon élément. On croise une équipe du GREP, un bref salut pour dire que tout va bien, il nous signifie que le feu est éteint. On n'approche des bagnoles, 6 en fait, tu m'étonne que ça fumait....!!!!!
Le chef d'équipe me passe même la lance, histoire de cracher un peu...
Nos ARI sonnent, il faut remonter.

Après avoir roulé les tuyaux, on rentre tranquillement au CS, le Lieut paye les croissants, le jour pointe, Paris s'éveille chantait Dutronc.
Je croise mon collègue, et là, forcement, les yeux entourés de suie, le cuir sentant bon le rif, je me permets à mon tour de lui expliquer que le sarce, c'est celui qui fait des rifs, pas celui qui passe sa nuit à relever des tortues pleines de pisse.....
Ah cette ambiance de retour de feu, quand tout le monde se retrouve dans la remise pour astiquer les ARI, étendre les tenues de feux, tremper les commandes, sortir les tuyaux, et rentrer ceux de réserves. On garde notre suie sur la tronche, pour continuer notre communion sous la douche. Blagues potaches, rire idiot, on est heureux. Un bon rif, pas de victimes, pas de blessés, on est heureux.
Quand au matin, il est déjà là, un nouveau piquet aussi, et le sport. Le dimanche, c'est le tour du secteur en courrant, je suis au PSR, ma vie à la BSPP commence!!

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